Concerne : Zone basses émissions à Bruxelles

Au début du mois de juin dernier, le Gouvernement bruxellois a annoncé un accord visant à mettre en œuvre, début 2018, une zone de basses émissions (LEZ) sur le territoire de la Région de Bruxelles-capitale. Bruxelles suit ce faisant l’exemple d’autres grandes villes européennes comme Londres, Milan, Paris ou Berlin.

BXL Air Propre accueille cette décision du Gouvernement visant à introduire une LEZ permanente dans l’entièreté de la Région comme un premier pas important. La mauvaise qualité de l’air à Bruxelles constitue en effet une menace sérieuse pour la santé de ses habitants et contrevient de manière flagrante aux normes européennes. Cette situation mène à des problèmes de santé majeurs (tels que des problèmes respiratoires, de l’asthme et des maladies cardiovasculaires) ainsi qu’à des centaines de décès prématurés. Le nouveau plan Air-Climat-Energie confirme que les émissions d’oxyde d’azote (NOx) et de particules fines (PM) doivent diminuer de 50%.

La majorité des polluants nocifs tels que les particules fines et les oxydes d’azote est émise par les voitures, les camionnettes, les bus et les camions. Etant donné que 40% des bruxellois n’ont pas de voiture, une partie significative de cette pollution est donc causée par des non-résidents. Une zone de basses émissions est par conséquent une composante essentielle d’une politique bruxelloise de mobilité et de santé judicieuse, visant à combiner accessibilité et qualité de vie. Nous soutenons également le choix du Gouvernement de miser résolument sur une réduction du black carbone et d’utiliser des caméras ANPR pour faire respecter la LEZ.

Nous sommes heureux que Bruxelles veuille briser la tendance actuelle au laissez-faire en mettant en œuvre une LEZ, mais sommes toutefois convaincus que, dans sa forme actuelle, celle-ci est inadéquate et n’atteindre pas les normes Européennes.

Nous avons par conséquent quatre propositions d’améliorations :

    1. Dans la proposition actuelle, les véhicules diesel roulant sans filtre à particules seront acceptés dans la ville jusqu’en 2022. En surveillant bien leur utilisation effective et leur entretien, les filtres à particules peuvent pourtant réduire les émissions de particules fines de 80-90%. Ils sont obligatoires de facto pour tout nouveau véhicule depuis la mise en œuvre de la norme Euro 5 (2009) et tant l’Etat fédéral que les Régions mènent depuis des années une politique visant à encourager les automobilistes à placer de tels filtres à particules. Nous demandons donc avec insistance au Gouvernement bruxellois d’interdire l’utilisation de véhicules diesel sans filtre à particule dès l’introduction de la LEZ, ou au moins de leur imposer un prélèvement. Il s’agirait d’une mesure particulièrement coût-efficace, qui mérite d’être étudié dans le contexte de l’étude d’impact que le gouvernement prépare actuellement.
    2. Un deuxième élément concerne le futur du diesel dans la capitale. Le scandale Volkswagen a prouvé le fait que les normes d’oxyde d’azote sont en réalité – et dans le trafic urbain en particulier – largement dépassées par les manipulations des fabricants automobiles. Ce n’est qu’en 2021 que les véhicules diesel Euro 6 vont en pratique respecter les normes légales (+50%), mais la LEZ courant propose de traiter les EURO6 seulement en 2025 – en neuf ans. Nous insistons pour que soit tenu un débat plus fondamental sur la place des véhicules diesel dans la ville. En tenant compte de la durée de vie moyenne d’une voiture particulière, une interdiction totale, au plus tard en 2025, serait parfaitement faisable. Si une telle décision était adoptée et communiquée dès aujourd’hui, les automobilistes pourraient commencer à adapter leur comportement d’achat en conséquence.
    3. Il est également très important de communiquer des informations locales claires et pertinentes sur la qualité de l’air au sein de la zone basses émissions, et ce de manière accessible via des panneaux d’information publics et des smart apps. En tant que citoyens, nous voulons connaître les niveaux de pollution de l’air auxquels nous sommes exposés, les routes que nous devons éviter, et à quel moment nous devons les éviter. L’avantage de renforcer la communication de ces informations pertinentes réside dans le fait que les résultats de la LEZ seront bien en vue pour le citoyen, ce qui renforcera en retour le soutien à la LEZ.
    4. Enfin, nous vous demandons de ne pas exempter les camions et les bus de la zone basses émissions. Les vieux camions (pre-Euro VI) sont extrêmement polluants et doivent être exclus de la ville le plus vite possible. Les nouveaux standards Euro VI pour les véhicules lourds est une avancée majeur – grâce à des tests pratiques en situation réelle – et méritent un soutien accru. Nous sommes conscients qu’il existe déjà une taxe kilométrique différenciée pour les camions, mais étant donné les courtes distances parcourues à Bruxelles et la différenciation très limitée, celle-ci n’aura aucun impact significatif sur le choix de véhicule des transporteurs. Nous plaidons donc pour une interdiction des camions Euro I-VI à partir de 2020.

Enfin, nous souhaitons insister sur l’importance d’une approche globale. Un gouvernement qui fixe un cadre clair et ambitieux déclenche l’innovation et encourage les talents qui existent à Bruxelles. La LEZ doit faire partie d’une politique de mobilité plus large, qui met la priorité sur la qualité de vie. Nous plaidons par conséquent pour la mise en œuvre rapide d’autres mesures prioritaires pour élaborer un système de mobilité intégré, partagé, multimodal et propre. Il s’agit là d’une nécessité pour obtenir un soutien des citoyens issus de tous les horizons de la population afin de réaliser une véritable avancée vers une mobilité saine, tout comme l’est une campagne publique visionnaire, largement soutenue, avant que la LEZ ne soit mise en œuvre. Ce n’est qu’ainsi que le choix de mobilité le plus sain deviendra le plus facile et le meilleur marché pour chaque citoyen. Nous sommes convaincus que vous partagez avec nous le souhait de voir Bruxelles devenir une ville où il fait bon vivre.